Airflex Session : Interview Opti du label Airflex Labs

Transbordeur : Bonjour Opti, tu es l’un des organisateurs de la soirée Airflex sessions du Vendredi 11 Février. Peux tu nous en dire un peu plus sur cette nuit, dans le club du Transbordeur…Vous avez sous titré la soirée ‘’A night of future bass music’’. Qu’est ce que ça peut bien vouloir dire ?

Opti : Nous avons créé Airflex Labs en 2008 car nous sentions que quelque chose d’important se passait, quelque chose qu’on vit peu de fois dans une vie de passionné de musique. À ce moment-là, tu as deux possibilités : te placer du côté public et soutenir ce qui se fait ou décider d’en faire partie. Je crois que tous les labels managers du monde ont eu ce déclic un jour. On a découvert le dubstep très tôt, et même si à l’époque très peu de gens y croyaient en France, la pertinence de ce son dans le monde des musiques urbaines sautait simplement aux oreilles. Après avoir connu – subi ? – le développement qu’on lui connaît, le genre en tant que tel n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il était. Je n’ai aucun avis à donner sur le fait que cela soit bien ou non, on défend juste autre chose, avec une sérieuse tendance à se rapprocher de ceux qui écrivent l’avenir plutôt que ceux qui se reposent sur des modèles et des modes de pensée.
2010 a été très riche musicalement, comme si une génération entière de producteurs avait décidé d’arracher les derniers lambeaux de chair de la carcasse du mot Dubstep : Untold, Submerse, Ramadanman, Sigha, Synkro, Indigo, Joy Orbison, Scuba, Shackleton, Jack Dixon, FourTet, L.D, Distal, Breton, Joe, Mount Kimbie ou James Blake… Nous avons suivi et joué au public très tôt les morceaux de ces producteurs dont les noms vont être de plus en plus importants, et nous restons attentifs à ce qui se fait.
L’idée de Future Bass vient de la dernière compil du label anglais Soul Jazz, ce sont les seuls à avoir réussi à trouver un semblant d’étiquette pour caractériser cet espèce d’âge de bronze de la bass music anglaise. Future Bass ! Post-Dubstep, post-House, post-Garage, post everything !

Transbordeur : La bass Music est aujourd’hui une composante (parmi plein d’autres) de la musique électronique. Comment définirais tu ce genre musical, et peux tu nous en donner les racines ?

Opti : J’aurais tendance à dire que la Bass Music s’est tellement développée ces 20 dernières années qu’on ne se rend même plus compte à quel point elle a pu jouer un rôle fondamental dans l’évolution de l’électro. On peut considérer que la première incarnation de la Bass Music est le sound system jamaïcain. Tout est parti de là. On peut ensuite y adjoindre la Jungle puis la Drum&Bass, le Garage et ses variantes, et aujourd’hui tout un éventail allant du Grime à la Digital Cumbia en passant par le Dubstep et la techno moderne.

Le meilleur exemple et le plus personnel c’est qu’il me soit arrivé de recevoir un mail de Laurent Garnier me disant qu’il adorait le maxi d’Isotroph Passenger EP sur Airflex Labs, alors que la musique d’Isotroph est un énorme cross-over entre dub-techno à la Basic Channel, dubstep deep à la Hotflush et house classieuse à la Planet E. Les changements qui s’opèrent sont vraiment favorables à la musique électronique. J’aimerais que le public lyonnais y soit attentif et qu’il suive le mouvement. Londres est ce qu’elle est musicalement parce que la jeunesse londonienne supporte sa scène locale avec enthousiasme, pas parce qu’on y importe du son de Berlin, Detroit ou Ibiza, think about it.

Transbordeur : Aujourd’hui, en France et dans le monde, on sent bien que ce bazar est en train de prendre une place de plus en plus importante dans le milieu des fètes, des raves, des clubs. Peux tu nous dire quelles sont les composantes et les particularités d’une soirée Bass music ?

Opti : Tu as raison. D’ailleurs, je crois que même le boss de Ed Banger mixe du Toddla T, du Flux Pavillon et autres grosses tracks dubstep pas très fines, non ? Plus sérieusement, je pense qu’une soirée Bass Music type n’existe pas, c’est de la musique électronique de club, comme la techno, la house, avec un côté plus sympa et détendu. Mais pour faire une soirée Bass Music réussie, il faut absolument un sound system qui soit assez précis et puissant pour permettre au public sur le dancefloor de sentir la pression dans les basses fréquences. Les soirées DMZ et FWD qui ont véritablement lancé le phénomène dubstep en Angleterre ont littéralement choqué le public en termes de pression accoustique. « We don’t do just a bass, we do a sub ! »
La plupart des sound systems dans les clubs français ont été installés pour recevoir des djs House et Techno, et donc mettre l’accent sur le Kick plutôt que sur ce qui se passe plus bas, dans le domaine des infra-basses. Vivre une soirée Bass sur un système adéquat peut très vite se transformer en une expérience addictive. A venir vérifier par vous-même !

Transbordeur : Là, sur la scène du club du Transbo, peux tu nous faire une petite présentation des artistes présents ce soir là ?

Opti : Honneur aux étrangers, et aux plus anciens d’abord. Baobinga & I.D sont des spécialistes de la culture Bass de Bristol. Ils sont actifs depuis plus d’une dizaine d’années et sont responsables de l’éclosion d’une certaine école de Bristol, aux côtés de pionniers comme Pinch, Joker, Ginz, etc… Il est intéressant de voir à quel point Bristol, tout comme Manchester ou Liverpool sont un peu à l’Angleterre ce que Lyon est à la France musicalement parlant, aussi bien sur l’analogie Trip-Hop / French Dub que sur les similitudes entre les scènes locales orientées Bass Music. D’ailleurs, Baobinga et I.D tiennent www.bassmusicblog.com. Si vous voulez vous tenir au courant de ce qui se passe sur la scène, c’est une source d’information incontournable. On est heureux de pouvoir les accueillir à Lyon, il était temps, vraiment.

Submerse vient de Liverpool. Il est le petit prince d’un mouvement tout frais nommé Futur Garage qui reprend les codes du Garage / 2-step UK dans une version bien plus moderne et redoutable. En 2010 il a sorti une dizaine de maxis et s’est retrouvé de plus en plus fréquemment sur des scènes européennes, avec une petite tournée au Japon en prime, après avoir bien écumé l’Angleterre pour son jeune âge (21 ans). Il a travaillé un morceau avec Neat nommé Close, pour notre prochaine sortie vinyle, remixé en face B par deux références du genre : Falty DL et Jack Dixon. Attendez vous à entendre parler de lui et de ce disque !

Indigo vient lui de Manchester et a eu un parcours différent. Plutôt issu du milieu Drum&Bass et du jeu live (il est également batteur), il est venu au dubstep par rapport au potentiel qu’offrait le genre. Il tourne généralement en duo avec Synkro, qu’il appelle son « frère d’une autre mère ». Les deux sont inséparables, offrent des dj sets que même les amoureux de la Drum&Bass portent aux nues, et leur approche très discrète (ils n’ont pas de soundcloud ni de myspace, etc…) a ajouté encore plus de cachet à leur production qui est déjà incroyablement riche et mature. Il prépare en ce moment le retour de son label vinyl Mindset, pour lequel il m’a demandé de faire les artworks, ainsi que des sorties pour Autonomic ou Exit.

Neat quant à lui est un peu le cousin lyonnais de Joy Orbison. Il a su prendre le parti de placer sa recherche musicale dans l’osmose entre sa culture Techno (il officie aussi en techno sous le nom de Stinger), House et Bass Music. Plutôt que de renier l’existence de ce qui était en place avant nous, il a plutôt cherché à redonner un souffle au genre. Du coup nous ne sommes pas les seuls à y avoir été sensibles, et son premier EP A Light I Know a vraiment appuyé le propos du label dans cette recherche d’un autre son. Cette soirée sera une bonne occasion pour lui de montrer sa vision de ce qui se passe en ce moment.

Flatmate est un duo lyonnais qui officiait déjà à l’époque des soirées Temple of Bass. Après un premier maxi chez Ruff, plusieurs remixes remarqués, des belles séries de dates, et deux maxis sur Airflex Labs dont le dernier est sorti il y a une semaine, ils tiendront à présenter leur live, ce qui est vraiment rare dans ce milieu. Ils ont vraiment beaucoup d’énergie, et ce sont de véritables sculpteurs de basses fréquences. On leur a confié la lourde tâche de finir la soirée, après Baobinga et I.D, mais je n’ai aucun doute sur leur capacité à retourner le dancefloor pour la fin.

Enfin, il en faut bien un pour conclure : Isotroph ouvrira le son avec un mix Deep & Dub Techno tout en douceur et subtilité. Son premier maxi chez nous Passenger EP nous a vraiment permis d’aller à la rencontre d’un public plus attiré par la douceur et la profondeur sonore, et pourtant les remixes de ses morceaux produits par Neat et moi même (Opti) on reçu un accueil plus que chaleureux sur la scène Dubstep. Je pense qu’il saura parfaitement ouvrir le bal, et qu’on aurait du mal à trouver meilleure introduction à notre musique.

Transbordeur : Tu organises le truc avec ton asso et ton label Airflex labs. Quelles sont les actualités du label, et peux tu aussi nous parler de l’asso Octarine avec laquelle tu as monté la soirée ?

Opti : Niveau actualités, on travaille actuellement la nouvelle sortie de Flatmate, toute fraîche du 31 Janvier : un bel EP de 2 morceaux imparables nommés Voices et Rebirth (http://soundcloud.com/flatmate).

Pour la suite, nous venons de recevoir les test pressings du prochain vinyle de Neat et Submerse. C ’est toujours un grand moment de recevoir une galette dans ses mains, pressée en 5 exemplaires. Presser du vinyle aujourd’hui ça relève du sacerdoce, mais une chose est sûre, la version vinyle de ce maxi a vraiment quelque chose en plus, un grain de son, une dynamique incroyable. Ça devrait sortir courant Mars (http://soundcloud.com/neat).

Depuis un moment déjà, nous avons une compilation de remixes de morceaux de Nekochan sur le feu. Nous les avons presque tous reçus, donc on le sortira dès que possible, mais je peux vous dire qu’il y a de belles choses qui ont été faites à partir de son univers et de son timbre de voix.(http://soundcloud.com/nekochan)>.

On prépare aussi le premier album de Kab Driver, associé de longue date de Boxcutter. Ce sera aussi le premier album cd du label. Une musique incroyable, entre G-Funk, Electronica et Bass Music. Un vrai disque, à écouter, qu’on sortira ce printemps.(http://soundcloud.com/kabdriver)>.

A côté de tout ça, on aimerait bien monter une tournée Airflex Labs bientôt, histoire de prendre la route tous ensemble plutôt que d’aller jouer chacun dans son coin. Mais c’est un projet de longue haleine. Avis aux programmateurs !

Quant à Octarine, c’est un collectif solide de Dijon, qui a fait bien plus que ses preuves lors de l’organisation de leur festival Résonnances , avec lequel on se sent à l’aise. Des gens qui ont notre âge, avec qui on s’entend vraiment bien.

Transbordeur : En quoi dirais tu que cette soirée est différente des soirées électro  »classiques »

Opti : Tu veux que je me fâches avec tous mes amis, c’est ça ? Plus sérieusement, je pense que l’esprit n’est pas le même. On mettra en avant une scène, et un état d’esprit beaucoup moins orienté sur les personnes que sur le son. C’est remarquable que le Dubstep soit encore et toujours un mouvement sans tête, à savoir que personne ne peut en revendiquer ni la paternité, ni le contrôle. Aucune star, aussi désireuse soit-elle de vouloir flirter avec les charts (je pense à Skream et Benga et leur projet Magnetic Man), ne pourra changer le phénomène global qui a réussi à réunir autant de monde en si peu de temps. Dubstep is dead, Long live Dubstep.

Transbordeur : et enfin, ci dessous un petit questionnaire auquel, si tu n’y vois pas d’inconvénient, il serait bon de répondre avec virtuosité…

Premier disque acheté
The Cure – Disintegration (coup de chance, je savais pas trop ce que j’achetais…)

Dernier disque acheté
James Blake (aujourd’hui)

Premier groupe ou artiste qui t’a donné envie de faire ça ?
Tous ceux qui ont donné envie de les écouter ou les regarder eux plutôt qu’autre chose.

Dernier groupe ou artiste sur lequel tu as craqué ?
P.I.L.A.R. / Jack Dixon / Kab Driver / Faon / My.head / Jay Weed

Premier concert auquel tu as assisté ?
Ma grande sœur jouant du piano dans sa chambre.

Dernier concert auquel tu as assisté ?
P.I.L.A.R. dans mon studio (http://soundcloud.com/neverlandforpilar)

Première expérience en tant qu’organisateur de soirées ?
Soirée d’intégration étudiante. Beaucoup trop de vodka.

Dernière promo ou actualité à faire sur Airflex Labs ?
Surveillez le programme des Nuits Sonores.

Première émotion amoureuse ?
La première n’aura pas été plus belle que la dernière en date.

Première émotion esthétique ?
Ma première rencontre avec un océan je crois. La plus forte aura été la visite du

Premier souvenir ?
Oublié depuis longtemps.

Première fois au Transbordeur ?
High Tone. Memorable.

Dernière fois au Transbordeur ?
Sur scène en première partie de Tricky en Novembre. Entre temps dans vos bureaux avec David qui m’a fait boire un espresso décaféiné à mon insu, ce qui sera vengé, un jour ou l’autre !

Un dernier mot ?
On éspère vraiment tous vous voir au Transbordeur Vendredi. La dynamique des labels lyonnais comme Airflex Labs, mais aussi Dawn Records, Be-Bup, Dolus&Dolus, Jarring Effects ou F4T Music a besoin de son public pour continuer à progresser. Support your local music provider.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>