Interview « World » : Jean Berry d’AFROSOUL FESTIVAL

Vendredi 14 octobre est donné le coup d’envoi de l’AFROSOUL FESTIVAL premier du nom. Avant d’investir le Square Delfosse pour trois jours de folie, l’équipe débarque au Transbordeur avec le meilleur du genre dans ses bagages. A l’origine de ce festival, Jean Berry de l’association Youbati et toute une équipe de passionnés. Afin de mieux cerner le personnage et découvrir les rouages de l’événement, rencontre avec le principal intéressé, qui nous éclaire sur ce qu’on appelle un peu trop facilement les Musiques du Monde, avant de se lancer dans un questionnaire « Souvenirs » !

Bonjour Jean, peux-tu nous décrire ton parcours ?
J’ai couvert la plupart des grands festivals de musique du monde en tant que journaliste et photographe, de Babel Med à Essaouira, de Rio Loco à Zanzibar, et interviewé des artistes tels que Stevie Wonder, Seun Kuti, Salif Keïta, Youssou N’Dour, Keziah Jones, Rachid Taha et plein d’autres, pour les magazines Jeune Afrique, Mondomix, le Courrier de l’Atlas et Telquel notamment. J’ai d’ailleurs rencontré JM de l’Original dans le jury d’un tremplin hip-hop à Libreville au Gabon ! Parallèlement, j’ai défendu ces esthétiques ces dernières années en programmant en ville Souljazz Orchestra, Nina Attal qui présente son nouvel album chez vous vendredi à l’Afrosoul, Youngblood Brass Band, The Buttshakers, Kélé Kélé et bien d’autres…

Et d’ailleurs le terme Afrosoul, ça englobe quoi comme styles musicaux ?
Pour nous c’est un simplement un sigle, pas un style musical… Nous travaillons sur les musiques africaines et afro-américaines contemporaines, et les fusions entres celles-ci et musiques urbaines (soul, funk, hip-hop, jazz), avec plusieurs points de départ : le développement des musiques du monde depuis les années 80, en France et en Angleterre notamment, le revival autour de l’afrobeat, l’ethio-jazz et les musiques des indépendances depuis une dizaine d’années… Ainsi que l’apport des artistes issus de l’immigration et de la diaspora africaine dans les musiques actuelles, à Lyon notamment : on kiffe l’afrobeat au point d’enregistrer un album live, le funk vaudou de Peter Solo & Kakarako, le hip-hop « organique » de Gas et TchopDye, Patrice Kalla et son spectacle Conte & Soul, Lee Harvey Asphalte et sa plume engagée, le griot sénégalais Ibrahima Cissokho, ou encore le jeune virtuose égyptien du oud Mohamed Abozekry, avec qui j’étais en Egypte récemment, et dont vous pouvez lire le portrait cette semaine dans Jeune Afrique. Ces artistes soutiennent le projet, et nous sollicitent également pour certains pour du management, du booking, etc… Le festival est d’abord une occasion de les mettre en valeur, et de faire la fête autour de ces esthétiques funky, groove, black music…

On peut dire que pour ces styles, Fela Kuti a été une sorte de déclencheur ?
Afrosoul Festival, plus globalement, c’est un événement qui traite de la diversité culturelle et du métissage, et qui célèbre l’héritage musical et politique de Fela Kuti, icône engagée, héros libertaire et rebelle créateur de l’afrobeat, qui s’est battu tout au long de sa vie contre les dirigeants africains corrompus et l’exploitation de l’Afrique par les puissances occidentales… Le grand public commence à découvrir ce personnage, avec une comédie musicale à Broadway, bientôt un long-métrage réalisé par Steve Mc Queen. Vous saviez que sa propre mère a été tuée par l’armée nigériane lors d’un assaut contre sa maison ?

Peux-tu nous parler de l’organisation de cette première édition ?
Deux associations sont à l’initiative du festival : Youbati, qui tire son nom d’un standard de musique gnaouie et signifie ‘mes amis’ (les vrais), un clin d’œil à mes années marocaines, et O’Groove, l’association d’Ornella Debono qui travaille avec moi, qui a vécu à Mayotte et Madagascar, et que vous découvrirez sur scène en tant que saxophoniste du Hot Club Afrobeat Orchestra. Elle est également manageuse d’un loustic dénommé David Suissa, qui vient d’enregistrer des trucs très cools, d’ailleurs. Au passage, O’Groove est présidée par Benjamin Tanguy, programmateur à Jazz à Vienne. La Ville de Lyon par le biais de la cellule « événements » était demandeuse d’un événement de ce type autour de ces musiques et de la diversité culturelle, et nous encourage dans cette démarche.

Le festival démarre au Transbordeur, avec pas mal d’artistes, tu nous en dis plus sur la prog?
On est très content de la programmation de cette soirée d’ouverture, et on en profite pour vous remercier pour votre accueil. On ouvrira avec une création entre le oud de Mohamed Abozekry et le beatboxer Ezra, autour du contraste entre cet instrument classique oriental, symbole des musiques arabes par excellence, et une discipline issue des cultures urbaines et du hip-hop. Peter Solo et son band Kakarako présenteront ensuite leur nouveau répertoire, avant un nouvel album annoncé pour le printemps, puis Nina Attal, la toute jeune soul-girl parisienne, dont le premier opus Yellow 6/17 sort à la fin du mois. On est content de la faire découvrir au public lyonnais avant tout le monde, elle sera bientôt à Taratata… Et puis on finira avec l’enregistrement live du Hot Club Afrobeat Orchestra, entouré de special guests : les chanteurs Pat Kalla, Gas et Peter Solo, et Eric Prost au sax.

Et après le Transbordeur, vous investissez une place de Lyon pour un « bal monté »…
Yes, un vieux bal à l’ancienne, plancher en bois et banquettes de moleskine, posé place Delfosse en bord de Saône quai Rambaud, et dont le look rétro se marie bien avec les esthétiques un peu old-school et seventies que nous défendons. C’est un espace couvert et chaleureux d’une jauge de 500 places, qui accueillera l’ethio-jazz d’Arat Kilo, une slam-jam session comme on sait faire, et puis Fanga, Laomé, Les Frères Diarra, etc…

Quels sont les objectifs du festival et les projets futurs ?
Continuer à promouvoir cette scène passionnante, notamment par le biais d’une compilation qui viendra avec la prochaine édition. Accueillir des artistes internationaux aussi… En vrac, on aimerait faire les fils Kuti, Rokia Traoré, Anthony Joseph & the Spasm Band, Antibalas, The Budos Band, Takana Zion, Sara Tavarès, le Bal de l’Afrique Enchantée… Et puis pousser cette logique de création, de résidences, d’échanges, pour amener et créer à Lyon des projets singuliers. Vous savez que Gnawa Diffusion se reforme ? On les fait l’an prochain !

Pour finir, une mini-interview « Souvenir » du Transbo :

Tu te souviens du premier disque que tu as acheté…
Sans blaguer, je crois que le premier de mon plein gré c’était Out Of Time, de REM…

Tu te souviens de ton premier concert ?
Pink Floyd à Gerland à 14 ans, pour Division Bell, dingue… Des soirées à la Cave à Musique, les Eurockéennes en 96 avec Ash, Franck Black et Lou Reed, et l’année suivante avec Noir Désir, Radiohead et les Smashing Pumpkins… J’avais les cheveux bleus et ils voulaient tous me faire prendre des trucs bizarres !

Lors de ton dernier voyage à l’étranger tu as ramené quoi comme souvenir ?
Je ramène toujours un maillot de l’équipe nationale, mais là en Egypte j’ai oublié… Celui de Zanzibar est pas mal cela dit. Sinon des disques, justement, j’avoue que ça fait un bail que je les reçoit, du coup j’en achète presque uniquement en voyage, des trucs locaux.

Tu te souviens de ton premier concert au Transbordeur ?
Oui, Ben Harper avec un rappel acoustique complètement mystique… Genre, t’as 17 ans et des frissons partout. Et puis pas mal d’autres trucs dans ce bon vieux Transbo : Deftones, Cake, Emir Kusturica, Gnawa Diffusion, et bien sûr mes chouchous Meï Teï Sho.

AFROSOUL FESTIVAL, le 14 octobre au Club Transbo, puis les 20, 21 et 22 octobre square Delfosse. Infos : http://www.afrosoulfestival.com/



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