Portrait de CHEIKH TIDIANE SECK // Afrousoul Festival samedi 12 octobre

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Organisateur d’AFROSOUL FESTIVAL, Jean Berry est amateur de musiques africaines. Journaliste et photographe, il a couvert de nombreux festivals (de Babel Med à Essaouira, de Rio Loco à Zanzibar) et interviewé les plus grands (Stevie Wonder, Seun Kuti, Youssou N’Dour) pour différents titres de presse, dont Mondomix et Le Courrier de l’Atlas. Défricheur de talents, il garde toujours une oreille curieuse sur les musiciens locaux lors de ses voyages. Il nous en avait d’ailleurs parlé dans une interview sur ce blog. En 2008, il avait réalisé un beau portrait de CHEIKH TIDIANE SECK pour le magazine Jeune Afrique. Avant de le retrouver samedi au Club Transbo, on vous propose de lire, ou relire, le portrait haut en couleurs de cet artiste incontournable.

CHEIKH TIDIANE SECK, le chef d’orchestre

De Jimmy Cliff à Hank Jones, en passant par Fela Kuti, Nina Simone et Carlos Santana, il a accompagné les plus grands de la scène internationale. Portrait.

C’est dans la brasserie en bas de son immeuble, à Bercy, qu’il a donné rendez-vous. Il arrive pourtant avec plus d’une demi-heure de retard. A l’africaine. Tout sourire. Pantalon de treillis, tee-shirt à l’effigie de Che Guevara, bonnet hip-hop vissé sur son crâne rasé. Les serveurs l’embrassent. Depuis le milieu des années 80 Cheikh Tidiane Seck vit à Paris, après le Mali et Abidjan, capitale de la musique ouest-africaine au tournant des années 70 et 80 qu’il avait gagnée avec ses compères du Rail Band. «Je suis l’un des rares à pouvoir dire que j’ai joué avec les trois plus grands groupes du Mandé : les Ambassadeurs, le Super Rail Band, et le Bembaya Jazz de Guinée». Le ton est donné.
Il a pas mal traîné à New-York aussi, parle de «bœufs» jusqu’au petit matin, au milieu des années 90, au 56 Walker Street à Manhattan, où il croise Dr Lonnie Smith, le maître de l’orgue Hammond, Roy Hargrove, Mathew Garrison, Graham Haynes ou John Patitucci. «Il y avait ce petit rappeur qui venait, on se disait qu’il allait monter au sommet». C’était Jay-Z. Proche de l’Autrichien Joe Zawinul, organiste historique de la période électrique de Miles Davis décédé l’an dernier, Cheikh Tidiane Seck travaille depuis une quinzaine d’années avec les plus grands. Un peu plus tôt dans la journée, Archie Shepp l’a appelé, pour participer à la première parisienne de son projet Born Free, aux côtés de Chuck D, l’un des rappeurs de Public Enemy. Il ne pourra pas. Il sera au Mali.
C’est son album avec Hank Jones, Sarala, enregistré à Paris en 1995 et retenu comme l’un des disques de fusion entre jazz et musique africaine les plus réussis, qui lui a ouvert les portes de la terre natale du jazz. A l’époque déjà, il avait réuni pour ce projet César Anot, Aly Wagué, Moriba Koita, Lansiné Kouyaté, Kanté Manfila, Diely-Moussa Kouyaté et bien d’autres, rassemblés sous la bannière The Mandinkas. Cinq ans plus tard, il était enseignant et musicien résident pendant trois mois à l’université d’UCLA, en Californie.
D’anecdote en anecdote, on apprend qu’il a joué No Woman, No Cry avec Nina Simone, à sa demande, dans ses dernières années parisiennes, au Jézébel, rue Saint-Benoît, un club où il était à l’époque résident… Ainsi qu’avec Jimmy Cliff, une vingtaine d’années plus tôt, dans un stade de Bamako. Et encore que ses mains ont côtoyé celles de Fela sur un Fender Rhodes, au Phil’One, à la Défense, lors d’un concert du Black President donné à sa première sortie de prison, au milieu des années 80. Pas de doute, Cheikh Tidiane Seck est un grand.

Photo-PS-Guerrier-1_Credit-photo-Philippe-SavoirCinq albums, en trois ans

Son second album solo, Sabaly, qui sort le 22 septembre, est en quelque sorte le second volume d’une série de cinq parutions en trois ans, dont la plus grande partie a été enregistrée au studio Bogolan, à Bamako. Il y a eu Red Earth, A Malian Journey, le magistral retour aux sources de la vocaliste américaine Dee Dee Bridgewater, nominée aux Grammy Awards l’an dernier, avec la crème des musiciens maliens, dont il a assuré la distribution. Et puis il y aura bientôt les nouveaux opus, dont il est réalisateur, du griot historique Kassé-Mady Diabaté, originaire de Kéla, d’Oumou Sangaré, ambassadrice du Wassoulou, et enfin celui de Sorry Bamba, flûtiste et trompettiste qui agitait déjà les dancefloors dans les années 60, aux côtés du guitariste guinéen Kanté Manfila… Alors que Cheikh n’était qu’un gamin.
Un gamin doué, natif de Ségou. Rentré à l’école en 1960, année de l’indépendance du Mali, il fut lauréat de l’Institut National des Arts bamakois, où il privilégia la peinture. Dans les années 70, il enseigne les Arts plastiques dans la capitale, et joue au Buffet de la gare avec le Super Rail Band, influencé par la musique afro-américaine de Jimmy Smith et James Brown. Il traîne et passe quelques nuits au poste avec son vieil ami Amadou Bagayoko, pas encore célèbre, et rencontre avec lui sa compagne Mariam – il est marié à sa cousine. Cheikh Tidiane Seck n’a pas 25 ans quand, panafricaniste et guévariste convaincu, il pousse ses étudiants à manifester, alors que la population se soulève en 1977 face à la junte militaire du dictateur Moussa Traoré, suite au décès en détention de l’ancien président Modibo Keïta. Sa mère, une chanteuse mandingue de cinquante ans son aînée, craint pour son fils.
Alors que les arrestations se multiplient, c’est en 1978 qu’il rejoint, un télégramme de Salif Keïta en poche, la capitale ivoirienne, qui compte à l’époque les clubs les plus en vue et les meilleurs studios d’Afrique de l’Ouest. Le Rail Band continue son aventure à Abidjan, avec Mory Kanté, Djélimady Tounkara et Tidiane Koné. Cheikh Tidiane Seck fonde les Assélars, mais déjà ceux qui vont bientôt faire du bruit en Europe pensent à émigrer. C’est Salif Keïta qui ouvre la voie en partant vers Paris au début des années 80. Cheikh s’y installe définitivement en 1985, après le split des Ambassadeurs. En 1987, publié par le mythique label Island, le premier album de Salif Keïta, Soro, révèle la musique mandingue au public occidental. C’est Cheikh Tidiane Seck qui est aux claviers, et c’est lui qui enverra les maquettes du suivant, Amen (1991), enregistrées rue Marboeuf près des Champs-Elysées, à Joe Zawinul, qui en assura la production. Une autre aventure commençait.

cheick-tidiane-seck_72Manu Dibango, Ira Coleman, Dee Dee Bridgewater…

Celui qu’on surnomma le «black buddha» a joué avec Touré Kounda, Mory Kanté, Thione Seck, remporté le prix de la meilleure Bande Originale pour le film Laada, de Drissa Touré, au Festival de Ouagadougou en 1995. Il a dirigé 300 musiciens lors d’un concert au Togo pour la paix entre les ethnies, s’est frotté à des monuments du jazz comme Hank Jones et Ornette Coleman, aux gnawa d’Essaouira aux côtés du batteur de Living Colour, Will Calhoun… Jusqu’aux aux confins de l’électronique, du jazz et des musiques du monde, au milieu des années 90, à Londres, avec le projet Drum FM du guitariste précurseur Marque Gilmore. Au point de devenir, peut-être, le chaînon manquant et quasiment incontournable entre une scène malienne et africaine foisonnante d’instrumentistes talentueux et la fine fleur du jazz progressiste venue d’Europe et d’Amérique.
La distribution de son nouvel album parle d’elle-même. Manu Dibango est là, reprenant avec Dee Dee Bridgewater Bisso Na Bisso («Tous frères»), un de ses vieux thèmes, sur lequel Cheikh travaillait il y a quarante ans ses premières gammes. Ira Coleman aussi, proche de Wayne Shorter et Tony Williams, à la contrebasse. Et puis le meilleur de cette pléthorique scène bamakoise pour les chants et instruments traditionnels, quelques vieux amis de Paris aussi. Une véritable dream-team pour un disque foisonnant. «J’ai voulu préserver les instruments acoustiques», explique le musicien : «Tout ce qui peut y sembler un peu électrique, c’est l’orgue Hammond, que je considère comme un instrument électro-acoustique. Il n’y a pas une note de synthétiseur». Il passe sur ce disque de l’orgue au piano à queue, du fender rhodes au micro.
A 55 ans, père d’un fils de 25 ans, Cheikh Tidiane Seck est aujourd’hui un artiste accompli : «J’ai simplement envie de me nourrir de l’émotion de la musique, en me tenant juste derrière elle, jamais à son niveau. Je suis son serviteur», note encore celui qui se dit croyant, inspiré par la spiritualité. A Paris, il est également connu pour organiser depuis quatre ans, le 17 juin au Cabaret sauvage, une jam-session monumentale au profit de l’association SOS Sahel contre la désertification, fondée en son temps par Senghor. «Nous voulons ouvrir les yeux aux autorités locales et internationales sur ce drame, pour ne pas laisser les gens mourir comme des laissés pour compte». Il pense aussi à un grand festival au Mali, qui pourrait s’intituler Born Back in Bamako.

DISCOGRAPHIE SELECTIVE
- 1991 : Amen de Salif Keïta (Island). Direction artistique de Joe Zawinul.
- 1994 : Griot’s Footsteps, avec le trompettiste Graham Haynes, enregistré à Paris (Polydor Jazz).
- 1995 : Sarala, avec le pianiste Hank Jones (Verve). Bande originale de Laada, film de Drissa Touré, primée au Festival de Ouagadougou.
- 1996 : My People, de Joe Zawinul (Escapade Music).
- 2004 : Mandingroove, avec César Anot, Mao Otayeck, Ali Wagué, Moriba Koïta… (Emarcy) Creation Step, live de Drum FM, avec Marque Gilmore, Tony Allen, l’Art Ensemble de Chicago… (Tribal Broadcast Recordings)
- 2005 : Apparition sur Native Lands, de Will Calhoun, avec Pharoah Sanders, Marcus Miller, Mos Def… (Enja)
- 2007 : Red Earth, A Malian Journey, de Dee Dee Bridgewater, nominé aux Grammy Awards (Universal Jazz).
- 2008 : Sabaly, avec Amadou & Mariam, Toumani Diabaté, Manu Dibango, Dee Dee Bridgewater… (Universal Jazz)

CHEIKH TIDIANE SECK, en concert samedi au Club Transbo

Billetterie : http://bit.ly/17WGSoV

Event Facebook : http://on.fb.me/GPe3nd



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